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Né
le 9 novembre 1903 à Vevey, Carlo Hemmerling fit ses
études musicales au Conservatoire de Lausanne, chez
Alexandre Denéréaz et R. Gayrhos, puis
à l'Ecole normale de musique de Paris, où il
travailla avec Paul Dukas.
Excellent
organiste (Temple de Corsier-sur-Vevey) et improvisateur, Hemmerling
devait cependant tout d'abord se faire un nom comme chef de
chœur. Il fut rapidement reconnu et nommé
à la tête de l'Union chorale de Vevey, ensemble
avec lequel il a créé une grande partie de ses
oeuvres et présenté de nombreux concerts avec
orchestre d'une haute tenue artistique. Directeur de la Chorale de
Bienne puis chef de l'Union chorale de Lausanne, il dirigea
également le Choeur de dames du Conservatoire de Lausanne et
le Choeur universitaire. En 1957, il prit la direction du Conservatoire
de Lausanne et, dès 1960, présida aux
destinées de la SUISA. Il présida
également la Société cantonale des
chanteurs vaudois et fut un membre très actif et
apprécié de la Commission de musique de la
Société Fédérale de Chant
ainsi que du Conseil du Conservatoire de Lausanne.
Compositeur
fécond, il laisse une symphonie, une suite pour violon et
orchestre, une suite cullerane pour orchestre à cordes, deux
quatuors à cordes, une sonate pour violon et piano, six
variations sur le Vivat ainsi que de nombreuses musiques de film
(Santorin, Richesse de la 'Terre, Une OEuvre, un Peuple, Manouche, Les
Trois Cloches, etc.) et de scène (La Voile de Feu,
Polyphème, Il ne faut jurer de rien, Le Galant Barbe-Bleue,
Via Mala). Mais c'est surtout dans le domaine choral que Carlo
Hemmerling excella : un nombre impressionnant de choeurs a cappella et
plusieurs grandes fresques chorales avec orchestre et solistes, dont la
partition de la Fête des vignerons de 1955 est la plus
importante, témoignent de sa capacité de
transposer musicalement des thèmes ayant trait à
la vie de tous les jours des habitants de notre pays.
Citons
pour l'exemple trois grandes oeuvres de circonstance,
conçues pour solistes, choeurs et orchestre : Rives bleues
(Nyon 1947), Le Chant des Noces (Lausanne 1953) et La Fête
des Vignerons (Vevey 1955). Le livret et les poèmes de ces
trois solides fresques chorales dédiées
à notre pays et à ses traditions vigneronnes et
campagnardes ont tous trois été écrits
par Géo H. Blanc, Veveysan lui aussi.
Rives
bleues - Composée pour soli, choeur et petit orchestre
(quintette à cordes, deux flûtes, deux hautbois,
deux clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes, deux
trombones, timbales, cymbales). Sorte de préfiguration de la
future Fête des vignerons, l'oeuvre traite des
différents aspects des pays riverains et des travaux de
leurs habitants au gré des saisons. Très
caractéristique de la part d'Hemmerling, la façon
de conduire les quatre voix mixtes deux par deux, sorte de
dualité entre les voix féminines et masculines,
l'intervalle entre les ténors et les alti
dépassant souvent l'octave. Les voix sont d'ailleurs
à plusieurs reprises très espacées, ce
qui donne beaucoup d'ampleur et de mouvement au discours musical mais
occasionne de sérieuses difficultés aux chanteurs
de l'ensemble choral
Le
Chant des Noces - Cet oratorio populaire prend pour prétexte
une noce villageoise et en décrit les différentes
phases : Julia, fille sage, la fiancée, est d'abord
présentée, puis on passe à une
truculente Sérénade au Fiancé, lequel
quitte ses amis pour entrer dans la vie conjugale, à une
Visite à la Fiancée pour voix égales
aboutissant au Contrat de Mariage et à la Noce proprement
dite, où deux pistons, un bugle et une contrebasse
entraînent les couples dans une valse
effrénée qui termine cette première
partie. Musicalement parlant, nous y relève la bienfacture
de l'orchestration et certaines hardiesses d'écriture
habilement exposées, la liberté de la conduite
des voix instrumentales par rapport au choeur, quelques formules
harmoniques rappelant Wagner ou Puccini et une prédilection
marquée pour les accords de quartes et sixtes se
déplaçant parallèlement dans les trois
voix supérieures avec une basse en mouvement contraire.
Remarquons à cette occasion que Carlo Hemmerling donne
toujours sa pleine mesure dans les soli ou les pièces
orchestrales, redevenant plus accessible dans les choeurs,
l'expérience lui ayant appris à composer en
fonction directe de la capacité des interprètes.
La
Fête des Vignerons - La tournure des oeuvres
précédentes de Carlo Hemmerling le
désignait tout naturellement à prendre la
succession de Gustave Doret dans la lourde tâche consistant
à renouveler par la musique un spectacle au cadre immuable.
Ecrite pour le plein air, largement bâtie sur des
thèmes éminemment populaires, audacieuse parfois
dans ses conceptions modernes, nerveuse par ses rythmes fermement
dessinés et permettant les évolutions
précises de quelque trois mille exécutants, la
musique de Carlo Hemmerling fut une révélation
pour ceux qui surent juger en dehors d'idées
préconçues et de partis pris. Depuis les fanfares
initiales jusqu'à la Farandole
générale, tout y respire la santé et
la joie de vivre. Monumentale, la Fête des vignerons de 1955
restera la consécration d'un compositeur fortement
attaché à son coin de terre.
Parmi
les choeurs a cappella, citons le très
célèbre 0 Petit Pays! sur un texte de Gonzague de
Reynold, puis encore le Don Quichotte et Sancho Pança,
petite merveille pour quatre voix mixtes a cappella imposée
au concours de Montreux en 1950, Une Maison, aux tonalités
capricieuses et inattendues, et quelques pièces d'un genre
plus facile, toujours amusantes à entendre: Mie Guillerette,
En marchant au Pas, La Chasse est ouverte et Le Bon Syndic.
Inutile
d'ailleurs de tout vouloir énumérer, mais citons
encore trois grands choeurs d'hommes où Hemmerling a
certainement mis le meilleur de lui-même: quelle saveur et
quelle audace dans cette admirable interprétation sonore du
beau texte de Charles Péguy, Heureux ceux qui sont
morts, et que de tendresse dans la sonorité
voilée de la pièce intitulée Léman
sur un texte de Géo H. Blanc. Difficiles, ces oeuvres
réclament un immense effort de la part des chanteurs, et on
en donnera pour preuve l'écriture dense et
serrée, voire ardue, d'une des dernières oeuvres
d'Hemmerling, Arbre bruyant comme une Ville,
dernier volet du triptyque composé sur des poèmes
de Gonzague de Reynold pour le concours fribourgeois de 1955. Franches
dans leurs contours, les oeuvres chorales de Carlo Hemmerling ne sont
jamais faciles, même si elles sont d'essence populaire.
Compréhensibles pour l'auditeur, elles se refusent
à l'abstraction, mais ne cherchent pas à flatter
le mauvais goût par des formules consacrées. Rudes
et belles comme certains meubles paysans, elles sont lourdes
à porter et ne prennent de la valeur qu'en fonction de
l'amour qu'on leur témoigne: " Mais au moins sait-elle,
Rosa, fleur des chants, qu'elle est aussi belle ?... Elle n'a pas le
temps... " Cette citation, extraite du Chant des Noces et concernant la
fille de ferme, s'applique admirablement à la musique de
Carlo Hemmerling, dont la principale qualité, comme celle de
toute expression artistique échappant aux caprices des
salons, est de ne pas avoir la prétention de se plaire
à elle-même.
D'un
physique robuste, Carlo Hemmerling semblait être
bâti pour l'éternité. Cependant,
attaqué par un mal sournois, le compositeuir, qui ne se
départit pas un seul instant de la foi sereine qui l'avait
accompagné tout au long de sa
généreuse carrière, s'est
éteint le 3 octobre 1967, dans sa belle demeure de Cully,
sur les bords du Léman.
D'après
Paul-André Gaillard
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