Restauration du choeur de l'église

Parmi les premières peintures médiévales découvertes (1887) dans le canton de Vaud, ce décor peint du XVe siècle se révèle être d'une qualité et d'une conservation remarquables. D'où l'intêret de sa remise en valeur par les spécialistes d'aujourd'hui.

Principe de la restauration L'église telle que nous la découvrons après ce dernier chantier de 1996 présente une image inédite. L'orgue de 1950, qui occupait une grande partie du choeur, a disparu, offrant une lecture différente de cet espace. La suppression des dépôts crasseux des parois et des voûtes permet de saisir d'autres détails du décor peint. Ces travaux, que l'on peut qualifier essentiellement d'entretien et de conservation, se traduisent néanmoins par une modification importante dans la perception générale de l'intérieur de cet édifice.

Le rôle de la Section des monuments historiques est de rappeler ce principe essentiel: toute intervention, même mineure, sur le patrimoine transforme son image, son identité et de défendre son corollaire: l'intervention doit respecter historiquement, architecturalement, techniquement l'oeuvre transmise et l'enrichir.

Dès lors, quel regard peut-on porter sur cette dernière campagne de travaux ? Comment peut-on qualifier son apport ? A-t-elle été respectueuse de l'édifice, de son évolution historique et architecturale ?

Recouvertes d'un badigeon blanc au moment de la Réforme, mises au jour et rénovées par Christian Schmidt en 1889, les peintures du choeur font l'objet d'une seconde restauration en 1950 de la part d'Ernest Correvon. Ces deux restaurations doivent-elles être considérées comme faisant partie de l'histoire du décor peint et, à ce titre, être soumises aux mêmes critères de sauvegarde que la peinture originale ?

Pour répondre à ces questions, la connaissance extrêmement détaillée des peintures et de leur état de conservation est absolument indispensable. Cette phase d'analyse préliminaire, dans le cas de Corsier, a également permis d'identifier l'importance des retouches, des compléments, et de mettre en évidence les choix d'intervention opérés par les précédents restaurateurs en fonction de leur compréhension de l'oeuvre originale. Les résultats de ces études préalables définissent les mesures de conservation de la couche picturale ainsi que de son support et servent à l'élaboration du concept de restauration. L'analyse préliminaire permet d'évaluer précisément l'enveloppe budgétaire et d'éviter son dépassement. Le respect de la cohérence architecturale et esthétique du choeur a exclu l'option de ne garder visible que la surface picturale d'origine. Les deux interventions précédentes ont été conservées dans la mesure où elles étaient en accord avec les principes du traitement des lacunes définis dans la Charte de Venise. "Les éléments destinés à remplacer les parties manquantes doivent s'intégrer harmonieusement à l'ensemble, tout en se distinguant des par des originales, afin que la restauration ne falsifie pas le document d'art et d'histoire." L'intervention actuelle s'est également traduite par une dérestauration là où les surpeints antérieurs recouvraient ou alourdissaient le décor peint d'origine. Pour ne pas figer le patrimoine et continuer d'assurer sa sauvegarde, le regard critique sur celui-la doit pouvoir s'exercer dans toute intervention de restauration, pour autant que les conditions de son exercice respectent des règles précises."Le jugement sur la valeur des éléments en question et la décision sur les éliminations à opérer ne peuvent dépendre du seul auteur du projet." (Charte de Venise 1964). Ainsi s'est mise en place une structure décisionnelle collégiale à laquelle participaient tous les intervenants: maître de l'ouvrage, architecte, restaurateur, pasteur, représentants de la Confédération et du Canton. Ce processus de décision ne peut pleinement fonctionner que si les données permettant la pesée d'intérêts sont disponibles sous la forme d'une documentation aussi complète que possible sur l'état de conservation et l'évolution historique de l'objet.

Concrètement, la Section des monuments historiques encourage cette démarche en appliquant un taux de subventionnement plus élevé (en général 50%) pour les études préliminaires que pour les travaux de restauration proprement dits.

L'église de Corsier étant placée sous la double protection de la Confédération et du Canton, cette opération a bénéficié du suivi d'un expert fédéral et cantonal et d'une subvention des deux instances.

Note: tout cet article est tiré du "Journal de la Construction", n°1-15 janvier1998.