Le décor peint du choeur de l'église de Corsier-sur-Vevey (vers 1420-1430)


Les travaux de conservation et de restauration de 1995-1996

Le diagnostic de l'état de conservation des peintures avait été établi lors des travaux préparatoires effectués en 1994 à l'aide d'une nacelle autoélévatrice automobile à bras articulé permettant d'atteindre les voûtes et les parois des deux travées du chœur, hormis le voûtain oriental de la seconde travée dont l'accès restait malaise à cause de l'orgue. Les travaux préparatoires du mois de mai 1994 visaient à étudier, examiner, analyser et identifier les différents enduits et couches picturales présents (parois, colonnes, chapiteaux et voûtes), à établir le diagnostic de l'état de conservation du décor peint, à effectuer quelques essais de faisabilité d'opération, et, enfin, à estimer le coût des interventions envisagées. Toutes ces observations et analyses, consignes sur une série de tirages photographiques numérises, ont fait l'objet d'un rapport à partir duquel le concept d'intervention a été élaboré.

Aspects techniques des peintures savoyardes

Les parois et les voûtains sont enduits avec un mortier de chaux et de sable; pour les fonds, le peintre applique ses couleurs ? des pigments mélanges a de la chaux - a fresco, à savoir sur l'enduit encore frais; les finitions et les détails se travaillent ensuite a sec. Les nimbes de chaque évangéliste et les plumes du symbole de Matthieu argentées à la feuille, étaient ornées de laque colorée.

Les travaux de Christian Schmidt (1889)

Masquées a la Réforme, les peintures médiévales sont découvertes fortuitement lors des travaux de réparation et "de propreté" du chœur, entamés en 1887. Sur les parois, Schmidt découvre huit anges en supprimant les différents surpeints à la chaux, négligeant quelques fragments qui cachent parfois la polychromie originale, riche en nuances et en force. Il met également au jour le Christ en gloire, procède à des grattages ponctuels pour tenter de découvrir d'autres peintures, puis colmate les anciens enduits avec du plâtre lissé. Sur le chevet, deux anges, situes derrière l'orgue de 1869, restent couverts par les surpeints.

   

Sur la voûte de la travée orientale, Christian Schmidt, après avoir supprimé les badigeons qui masquaient les évangélistes, cerne chaque plume d'un trait noir recouvrant plus ou moins fidèlement le trace médiéval. Les lettres des phylactères sont surpeintes en noir.
Travée occidentale, voûtain sud, arc formeret, avant travaux: les dépôts crasseux et le décollement de l'enduit sont bien visibles.
Pour les arcs, Schmidt opère de nombreuses retouches picturales sur les armoiries, les filets et l'inscription FERT; seuls les fonds et les lacs d'amour n'ont pas été touchés.
La voûte de la travée occidentale est grossièrement libérée de ses surpeints successifs. Le peintre?restaurateur ne trouve aucune figure sur cette voûte et crée un nouveau fond bleu orné d'étoiles.

Les travaux d'Ernest Correvon (1950)

Sur les parois, Ernest Correvon peint le dernier badigeon avec une finition à l'éponge, pour évoquer un vieillissement. Sur les ébrasements des fenêtres, il passe un badigeon gris clair. Sur les voûtes, , Correvon unifie J'aspect du décor peint, devenu par endroits lacunaire, avec une série de retouches bleu clair.
Pour la travée occidentale, le sujet des peintures médiévales des voûtains reste inconnu. Les joints blancs sur fond ocre jaune clair ? simulant des blocs de tuf appareillés ? remplacent la création de Christian Schmidt.

L'état de conservation des peintures avant les travaux

Les décors peints et leurs subjectiles, présentaient des signes d'altération dont nous avons fait l'inventaire sur une série de prises de vue numérisées puis traitées par un programme informatique.

Les enduits et les pellicules picturaux souffraient de nombreux soulèvements sur les parois et nous avons mis en évidence quelques zones de décollement. Les pellicules picturales étaient pulvérulentes, notamment sur le front des arcs. Une fissure, localisée entre deux claveaux proches de la clé de voûte de la travée orientale, semblait être due à un mouvement de la voûte et des fragments d'anciennes réparations étaient prêts à tomber. Une couche de dépôts crasseux couvrait l'ensemble des voûtes et des parois et, enfin, la situation des problèmes dus à l'humidité ascensionnelle des parois semblait ne pas être stabilisée.

Le choix des interventions

Les objectifs étaient en premier lieu d'assurer la conservation des décors peints. En matière de restauration ou de mise en valeur des peintures, le maître de l'ouvrage - assisté et conseillé par les experts fédéral et cantonal - avait suivi notre proposition, à savoir le maintien des travaux de Christian Schmidt, la conservation de l'appareil simulé sur la voûte de la travée occidentale et la suppression des retouches de Correvon.
Pour la travée orientale, la restauration des décors peints est cependant adaptée, sans pour autant modifier l'enveloppe du mandat; pendant nos travaux de nettoyage des voûtains, certains détails importants sont en effet mis au jour, dissimulés par des surpeints de Schmidt, notamment un décor floral sur les fonds bleus et la terminaison de la queue du taureau. Aussi avons?nous supprimé ces retouches pour dégager les motifs d'origine, en renonçant a enlever les surpeints noirs des ailes et des lettres, cette opération mettant en danger la pellicule picturale du XVe siècle. Pour ces mêmes raisons, les conditions n'étaient pas réunies pour détruire le surpeint de Schmidt sur les arcs.

Les travaux effectues & Conclusion

Entre le XVe siècle et la restauration de 1996, l'aspect du chœur a évolue de manière sensible: imaginons ce dernier avec la lumière tamisée par les dorures du maître? autel consacre a saint Maurice, l'argenture laquée des évangélistes, l'hypothétique mobilier supportant le socle des anges, etc. L'architecture trouve son prolongement par le décor peint et les vitraux qui, eux?mêmes, sont accompagnés par le mobilier. Il est insensé, aujourd'hui, de songer à revenir vers un état d'origine et les peintures des parois et des voûtes ne retrouveront pas leur unité et caractère du XVe siècle. Chaque intervention, selon sa propre vitraux et l'encens, les probables vision du Moyen son passage. La restauration de 1996 "crée" une nouvelle vision du chœur qui offre, aujourd'hui, une cohabitation entre le XVe siècle, les travaux de 1889, l'intervention de 1950 et notre intégration picturale des lacunes. Les notions générales d'origine et d'authenticité englobent par là de nouvelles périodes dans le mouvement de la conservation et de la restauration, renonçant ainsi à détruire d'anciennes interventions pour léguer des lacunes, blanches ou "neutres".

Les buts de cette campagne sont atteints: le processus de dégradation des peintures est stoppé et la mise en valeur du décor assurée. Les relevés de l'état de dégradation et des travaux effectués permettront d'engager des contrôles réguliers pour surveiller l'évolution des peintures et réagir rapidement en cas de problème.

Les travaux de conservation et de restauration du décor peint ont été menés à bien du mois de juin 1995 au mois de janvier 1996. Emmanuelle Barbey, Michèle Delaloye, Fanny Nicollier, Claire Olsommer, Marion Passera, Marie-Noële Plantevin, Alain Besse, Michel Martinet et Nam Son Vu, sous la direction de Claude Rochat et d'Eric-J. Favre-Bulle (Atelier SaintDismas), ont participé à cette campagne.

 

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